AVIGNON 2008



Je ne suis restée que deux jours au Festival d’Avignon, cette année.

Parfois j’y passe une semaine, parfois je n’y vais pas du tout, mais je le regrette.

Depuis 1975, mon premier festival (je préparais une thèse sur la formation de l’auteur dramatique), Avignon fait partie de mes projets d’été.


Ce furent deux jours bien remplis puisque je vis neuf spectacles : un dans le in, huit dans le off.


Commençons par le in : j’avais choisi Wajdi Mouhawad, parce que, depuis le premier éblouissement de Littoral, au festival des Francophonies de Limoges, il y a déjà pas mal de temps, je tiens ce jeune Libanais, installé au Québec, pour un des auteurs les plus remarquables de notre temps. Il avait choisi cette fois d’être seul en scène, ce qui est peu déroutant pour qui son nom est synonyme de foule parfaitement maîtrisée et de langages croisés. Le texte se cherche un peu, l’acteur n’est pas toujours convaincant, mais la mise en scène sauve tout, jusqu’au moment très contestable où l’acteur se livre à une véritable performance qui dure une éternité pendant laquelle il se barbouille de peinture. C’est pénible à voir, et puisqu’on a compris tout de suite ce qu’il veut dire, c’est parfaitement inutile. Cela n’enlève rien à l’intérêt que nous devons continuer à porter à cet homme de théâtre, qui sera l’auteur associé au festival 2009.


Parmi les spectacles du off que nous avons vus, les trois propositions les plus éclatantes sont celles de la Fabrique des Arts d’à côté : Johannes Docteur Faust et la fiancée de l’enfer, (Paris), celle de Sam Harkand et Cie: Cavale, le cabaret grotesque ( Marseille) et enfin celle du Théâtre Nuit : Minuit song + la reprise de Battement de cœur pour duo de cordes( Nantes)


J’ai été passionnée par les manipulateurs du Docteur Faust, aussi intéressants à voir que les marionnettes qu’ils agitent frénétiquement en gardant un masque impassible ; interpellée visuellement et intellectuellement par la cavale éperdue des derniers membres du cabaret Amantillado qui se sont enfuis de leur pays pour se réfugier en France ; émue, enchantée par Minuit song et les Battements de cœur de Jean-Luc Annaix.


Ces trois/quatre propositions ont pas mal de choses en commun : d’abord, c’est évident, un immense respect du public, tout le public, tous les publics, jeunes et moins jeunes, cultivés et moins cultivés. Ensuite le mélange : marionnettes, masques, musique, paroles. Des trois le plus ambitieux est sans doute Patrick Rabier de Sam Harkand, dans la lignée de Brecht (la critique sociale, la distanciation) mais aussi de Fellini (le grotesque). Mais le bonheur que donne Jean-Luc Annaix ( ThéâtreNuit ) et l’impression de perfection formelle laissée par Juliette Prillard et les autres manipulateurs de Faust nous permettent de nous réjouir de voir tant de talent déployé dans ce festival off, parfois injustement méprisé. Pour qui fréquente depuis longtemps le festival, il est évident que le crû de cette année était particulièrement bon.


Parmi les autres spectacles vus : Flexible hop hop ! d’Emmanuel Darley (Théâtre Dû à Mayenne) un très bon spectacle sur le monde du travail ;

Ca n’arrive qu’aux mortels d’Emma Barcaroli (Compagnie Pantai La Gaude),

une première création, un peu maladroite, pleine de bonnes idées. On attend la suite avec intérêt ; le conteur Gilles Bizouerne et ses quatre musiciennes dans Ogboinba, récit mythique du Nigéria parfaitement maîtrisé.


Avignon reste décidément le grand rendez-vous du théâtre, à ne manquer sous aucun prétexte !


Simone Balazard



Adresses :


Fabrique des Arts d’à côté : http://fabricailleurs.com – 208 rue Saint- Maur 75010 Paris


Sam Harkand & Cie : Théâtre Marie-Jeanne 56 rue Berlioz 13006 Marseille


Théâtre-Nuit Studio Saint-Georges des Batignolles 27 avenue de la Gare Saint-Joseph 44300

Nantes


Théâtre Dû : La Visitation maison des associations 53100 mayenne http://www.theatredu.com


Compagnie Pantai 179 Domaine de l’étoile 06610 La Gaude


Gilles Bizouerne : Les Singuliers 14 Grande rue 25360 Vaudrivillers www.lessinguliers.fr